La Quatrième Pomme
un projet de Franck Scurti


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Les beautés du jour

Franck Scurti élabore ses travaux à partir d’idées simples trouvées dans la rue ou inspirées par la lecture des journaux. Il met en avant une position d’homme ordinaire qui sait se montrer artiste par sa capacité à mettre en formes ce qui nous frappe, nous touche ou nous dit à peu près où nous en sommes au plan de l’univers comme à celui du cours des valeurs. Avec un mélange de sérieux et d’humour, il s’attache à respecter les fonctions traditionnelles de l’art : divertissement, didactisme, reflet et interprétation d’un monde social, en oubliant l’élan utopique. S’il semble parfois délivrer une leçon d’économie ou d’astrophysique (La Linea,

De l’origine du monde à nos jours), c’est à la façon de l’élève insolent qui s’empare des instruments du maître et n’hésite pas à les mélanger à ceux de sa boîte à outils conceptuels. Plutôt qu’à la notion d’appropriation, qui sonne un peu comme une confiscation, on préférera parler à propos de ce travail de remploi. Le remploi est une façon d’associer dans un même geste la réinterprétation des œuvres et des idées, ceci pour le postmodernisme, et le recyclage des objets et des matériaux ceci pour l’écologie. En opérant son tri sélectif, Scurti peut reprendre le mouvement d’un dessin animé (La Linea, Tractatus Logico- économicus) qu’il greffe sur l’actualité économique, sculpter les semelles de vieilles chaussures pour en faire des emblèmes (Street Credibility), ou plus récemment démonter des fauteuils de Bertoia pour donner sa vision du cosmos. Beaucoup de ces œuvres affectent un aspect fait à la maison quand elles ne recourent pas au savoir-faire de l’artisan (Empty Worlds). À travers l’ambition déclarée de produire un art en prise avec l’actualité, capable de regarder d’un côté vers la rue et de l’autre vers une culture artistique (crédibilité plus nécessaire), Franck Scurti tente aussi de voir comment les fonctions de l’art peuvent trouver des points de raccord avec d’autres secteurs d’activité. Il s’agit toujours d’ouvrir un intervalle dans une masse désordonnée d’informations et d’y faire une place pour l’artiste.
En dépit d’un changement radical d’approche, la continuité existe entre le brick de jus de fruits converti en mobil home (Mobilis in Mobili) et les pots de terre ceinturés (Empty Worlds). Dans les deux cas est pointée la manière dont la récession et le recul de la solidarité affectent l’art. Mais si dans le premier cas, ce vain design renvoie avec une ironie amère à l’enseignement de Las Vegas, dans le second on touche du doigt la réalité et on flirte avec l’expression. Si le geste de ceinturer renouvelle un artisanat traditionnel, les formes hasardeuses qu’il produit suggèrent le cri ou la perte de souffle. Par ailleurs, la présentation de ces poteries malades (en groupe à même le sol) est conforme à celle du petit marché des artisans, reflet du grand marché des artistes, lui-même reflet d’autres échanges indexés sur l’or.

Avec un léger glissement sémantique, le remploi amène la question connexe de la récupération. Les œuvres de la série What is Public Sculpture ? sont des sortes de standard de l’art urbain qui ont pour principale caractéristique de porter chacune des inscriptions, incisions, tags trouvées dans des espaces publics et soigneusement reproduites. Ce travail qui poursuit la saisie photographique des micro-événements de la rue offre une belle ligne de défense à la déprédation des équipements publics en imposant le tag comme ligne esthétique officielle. Cette illustration de la façon dont la culture s’entend à canaliser les actes déviants ne répond pas à la question posée mais le sujet de la série est peut-être la réponse de la rue à la sculpture publique et à son pouvoir d’agression. Au jeu du qui perd gagne, ce n’est pas l’artiste qui les départagera. Par ailleurs, les formes
vaguement modernes de ces sculptures ne sont pas sans évoquer la dynamique des sports de glisse ou du moins une vision de l’expression spontanée.
La circulation des idées que nous évoquions au début tourne à la circularité et le moyen d’en sortir ne peut être qu’une réponse du public aux questions posées par la sculpture.

Patrick Javault
Critique d’art.

Site Franck Scurti : http://www.franckscurti.net/