La Quatrième Pomme
un projet de Franck Scurti


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Mode de production

Nathalie Viot : Tu as décidé de faire fabriquer La Quatrième Pomme par Art project, peux-tu me dire comment tu te situes par rapport à cette délégation de compétences ?

Franck Scurti : Il s’agit d’une question de justesse et de mesure. Il y a des choses que je sais faire et d’autres pas. Je suis davantage dans le monde des idées que sur la démonstration d’un savoir faire. Ce sont les idées qui génèrent le choix d’une matière et d’une technique de fabrication dans mon travail, et pas le contraire.

N.V : Art project a elle-même demandé à un fondeur qui a lui-même demandé à un sculpteur de réaliser en plâtre le modèle de la pomme. C’est une cascade de délégation de compétences que je trouve très intéressante dans ta démarche, peux-tu en parler ?

F.S : Déléguer c’est aussi partager, c’est une ouverture dans le processus de travail, une brèche dans ma propre subjectivité et une tentative de l’objectiver. Je réfléchis de façon quasi abstraite, et déléguer une forme c’est aussi en accepter d’en être dépossédée.

N.V : C’est un hommage aux savoir-faire et finalement aussi, dans le processus, un hommage à Fourier, avais-tu mesuré cela en commençant ce projet ?

F.S : Oui. Fourier cherchait à rendre la société meilleure en misant sur le collectif. J’avais déjà commencé à réfléchir sur le décalage et les différences des modes de productions d’origines géographiques différentes.

N.V : Dans cet hommage à Fourier qu’est-ce qui t’a le plus intéressé ?

F.S : Tout d’abord, je suis très honoré de pouvoir signer cette hommage car Fourier est un homme de génie qui voulait tout changer, tout recommencer à zéro et fusionner l’amour et la politique! Il recherchait la vérité en amour, l’harmonie dans la société, un peu comme un chimiste recherche une formule…

N.V : Te sens-tu fouriériste ?

F.S : Non, pas vraiment…Mais sa pensée a eu un impact certain sur mon travail et sur ma façon de regarder le monde, de le comprendre.

N.V : Je voudrais aussi savoir comment tu as ressenti le travail de la fonderie, tous ces hommes autour du feu qui font naître des formes à partir d’empreinte de sable…

F.S : C’était extraordinaire de voir toute cette énergie dégagée, c’est un travail d’équipe remarquable. Étrangement c’est un travail qui semble être le même depuis toujours. Ce procédé de formatage des métaux pour la reproduction m’évoque aussi les débuts de l’industrialisation, du capitalisme, il correspond complètement à la critique de Fourier et c’est pour cette raison que je détruirai le modèle après son moulage.

N.V : C’est ta première æuvre pour l’espace public à Paris, que ressens-tu ?

F.S : Charles Fourier, Clichy, Pigalle… Je crois que c’est l’un des endroits les plus intéressants pour montrer mon travail à Paris, mais c’est aussi une grande responsabilité pour un artiste. Je crois que là aussi il faut savoir accepter une dépossession, la pomme est un symbole universel et surdéterminé, elle appartient donc à tout le monde.

Nathalie Viot,
conseiller art contemporain – direction des affaires culturelles – Ville de Paris

 

Fabrication du modèle en plâtre. Aout/ septembre 2010. photo : Jean Marc BONNARD

Production des pièces coulées en fonte. Novembre 2010